Réforme universitaire: la mobilisation se poursuit, mais la question de la validation du semestre pose problème. Exemple de Nanterre.
Publié par audanna le 6 avril 2009
J’étudie l’histoire et l’ethnologie à Nanterre Paris X (fraîchement renommée Paris Ouest La Défense), et depuis le début du mouvement de contestation je n’ai eu aucun cours. Je commençais sérieusement à m’inquiéter: comment va t-on pouvoir valider ce semestre, comment va t-on pouvoir « rattraper » tout ces cours, comment va t-on être évalué, les cours vont-ils reprendre ou non, en bref: que va t-il se passer?? Alors aujourd’hui , après deux mois d’absence, je me suis rendue à une réunion des étudiants d’ethnologie de L1 L2 et L3 dont le but était d’apporter des réponses à toutes ces questions, tout en discutant nos positions et revendications en rapport avec la réforme universitaire.
Une trentaine d’étudiants étaient présents (nous ne sommes pas très nombreux en ethnologie – hélas- bien que tous les élèves n’étaient pas venus) , et nous avons échangé nos points de vue pour finalement rédiger une motion. Dans cette motion, l’opposition à la réforme est réaffirmée (LRU, contrat doctoral, recrutement et formation des enseignants, allocation des moyens, statut des enseignants chercheurs), opposition également à la proposition de loi « relative à la création du prêt étudiant garanti par l’état et à remboursement différé et conditionnel » du 21 janvier 2009, qui donnerait lieu à l’augmentation des frais d’inscriptions et à terme, à la mort du système de bourses. Voilà pour ce qui concerne la réforme. Là dessus , tout le monde est d’accord, enfin, presque tout le monde .
Pour ce qui est de la validation du semestre, les étudiants d’ethnologie s’opposent à la reprise des cours et à la tenue d’évaluations qui signerait la fin de la mobilisation en engendrant une pression sur les élèves qui devraient alors choisir entre mobilisation et validation de leur semestre. Opposition également à la tenue d’examens repoussés en septembre, qui pénaliserait les étudiants salariés, les étudiants étrangers en programme d’échange, les boursiers, et ceux engagés dans d’autres projets (stage par exemple). D’autre part, les étudiants ayant des rattrapages du premier semestre déjà prévus en septembre, se retrouveraient à préparer à la fois des examens du premier semestre en plus de tout ceux du deuxième. Les inscriptions seraient alors plus tardives, ce qui pose aussi problème pour ceux qui doivent s’inscrire dès le mois de juin à certains masters ou dans des écoles. Les étudiants s’opposent tout autant à la banalisation du semestre, qui pénaliserait aussi les étudiants boursiers et étrangers (qui rentreraient chez eux les mains vides!) , ou encore ceux ayant besoin d’une mention pour accéder à certains masters ou à certaines écoles ( car la banalisation équivaut à « annuler » le semestre).

Tout cela fait beaucoup de points d’opposition. Mais des propositions ont aussi été faites: à la place de la banalisation (pénalisante) ou de la reprise des cours « à la normale » avec évaluation (qui risque de mettre fin au mouvement) , la validation inconditionnelle pour tous est envisagée comme un moindre mal, comme cela à été fait à Rennes. En effet, elle ne pénalise personne ( les étudiants étrangers peuvent rentrer chez eux en juin avec leur semestre validé, les étudiants salariés peuvent travailler pendant l’été, les boursiers n’auront pas à rembourser le CROUS, la licence sera bien sur 6 semestre au lieu de 5 dans le cas d’une banalisation…) , elle n’empêche pas la transmission des connaissances et des savoirs qui deviennent alors « libres et gratuits », ouverts à tous ( tenue de cours dits « alternatifs », cours hors les murs, tables rondes, solidarité étudiante avec mise en commun des cours), et surtout elle facilite la mobilisation des étudiants qui peuvent alors s’engager davantage et sans crainte de voir leur semestre perdu à cause de leur engagement. Dans cette réunion , nous avons décidé de nous engager à permettre la transmission des connaissances en partageant nos cours (étudiants de L3 partageant leurs cours des années précédentes avec les L2 ect..) , et à participer à l’organisation et la tenue de cours alternatifs avec nos professeurs, et pourquoi pas, à d’autres événements.
Une fois la motion rédigée, chaque point longuement débattu, quelques uns de nos professeurs sont venus nos rejoindre. Nous leur avons lu la motion, nous avons discuté chaque points, et tous étaient d’accord avec nos positions. Cependant, ils étaient assez sceptiques: pour eux, la validation du semestre ne sera pas décidée, des désaccords demeurent entre professeurs sur cette question.
Dans le même temps, une « AG » du département d’histoire se tenait en amphi, où quelques uns d’entres nous sont allés pour voir ce qui y serait dit. Et là , stupeur: l’« AG » n’a donné lieu à aucun échange, 3 professeurs ont tout simplement annoncé que les cours reprendraient à la rentrée et qu’il y’ aurai bien un contrôle continu et des partiels. En dix minutes, c’était expédié. Les professeurs d’histoire semblent donc vouloir un retour à la normale avec des conditions de validation elles aussi , normales. Et pas vraiment ouverts au dialogue, comme c’est le cas par exemple au département d’ethnologie et de sociologie. Nous verrons ce qu’en diront les étudiants.
On voit bien qu’il y’a des problèmes: au sein d’un même département il y’a des désaccords , plus encore entre les départements d’une même UFR, sans parler des UFR entre elles. D’un côté, les ethnologues, élèves et professeurs, qui sont contre le retour à la normale qui signerait l’abandon de la mobilisation, et de l’autre , les historiens, qui souhaitent tout le contraire (mais peut être pas la fin de la mobilisation?) . Et moi, qui suit rattachée aux deux départements d’histoire et d’ethnologie, je ne sais plus sur quel pied danser, et je ne suis pas la seule.
La question de la validation du semestre sera portée jeudi au Conseil d’Administration de l’UFR SSA ( sciences sociales et administratives), et nous verrons bien ce qui en ressortira. En attendant, nous avons pu exprimer notre point de vue sur ces questions, nous avons fait des propositions, arguments à l’appui, soutenus par plusieurs de nos professeurs. Demain a lieu une AG de l’ensemble de l’UFR ou certainement ces questions seront à nouveau abordées, et nous verrons ce que veut la majorité.
Si je vous parle de tout ça aujourd’hui, c’est simplement pour montrer ce qui se passe à l’université en ce moment. Comment des étudiants s’organisent, comment ils se concertent, comment ils envisagent la suite des évènements. A Nanterre, la salle C105 est devenu le « QG » des ethnologues (mais ouverts à tous les autres départements, qui nous rendent visite de temps en temps!), une permanence où les textes de loi sont étudiés, les points de vus échangés, des informations transmises, des propositions émises, où élèves et professeurs se rencontrent. A Nanterre et dans d’autres facs, des cours hors les murs ou alternatifs sont organisés, des tables rondes, des AG se tiennent régulièrement, parfois même des concerts ( demain, à 18h, à Nanterre par exemple!), sans parler de la Ronde des Obstinés tournant inlassablement place de l’hôtel de ville. Bref, le mouvement se poursuit, les formes de mobilisation se diversifient, les universités se dotent même de plateformes internet spécialement dédiées au mouvement, des manières originales de transmettre des savoirs tout en étant mobilisés ont vu le jour… Et tout cela s’avère aussi très intéressant à observer (surtout pour les sociologues et ethnologues, qui peuvent trouver là matière à une enquête de terrain !)
Mais aujourd’hui, après un peu plus de deux mois de mobilisation et de perturbations, et à l’approche des vacances de Pâques , des questions se posent, étudiants et professeurs s’inquiètent.
On redoute que le mouvement s’eteigne (a quoi auraient alors servis ces deux mois de mobilisation?), mais on redoute aussi de n’engranger aucune connaissance et d’être finalement pénalisés ce semestre si les cours ne reprennent pas. On redoute la reprise des cours, car on veut poursuivre le mouvement, mais on redoute de « donner » la validation automatique du semestre, car on ne veut pas voir fuir les étudiants… Tout cela est très complexe. Dans tous les cas, il faut pas laisser le mouvement s’eteindre, cédant à la stratégie de “pourrissement” employée par le gouvernement.
verballes a dit
Très bon article qui évoque effectivement tous les problèmes et les ambiguités des éventuelles solutions.
La sortie de crise n’est toujours pas envisageable et quelque soit la décision prise, elle posera surement problème dans certains cas.
Moi-même étudiant à Nanterre je suis très inquiet quant à la suite du semestre si encore nous pouvons parler d’un semestre. J’ai lu sur d’autres sites puisque la France est un pays démocratique, des énormités concernant le mouvement et ses partisans, je trouve décevant les points de vues obtus de certains.
En fait, je pense que les véritables enjeux et conséquences de ces mesures castratrices de l’Education Nationale ne sont pas bien clairs dans la tête des gens. Il faut savoir que tout en France dépend essentiellement de l’Education Nationale (qui doit bien porter son nom), sans l’Education il n’y a plus d’avenir. Sinon, un avenir élitiste si l’on s’en tient aux réformes gouvernementales et donc un retour de 3 siècles en arrière.