Les Jeunes Plumes

Parcours, réflexions et humeurs de futurs jeunes journalistes

Encore et toujours: réforme universitaire, prêt étudiant et classement de Shangaï

Publié par audanna le 5 mai 2009

Autonomie des universités, augmentation significative des frais d’inscriptions, disparition des bourses au profit d’un prêt étudiant garanti par l’état mais soumis aux fluctuations du marché (intérêts!), endettement avant même de rentrer dans la vie active,  tout cela étant un “copier coller” du système anglo-saxon que personellement je ne leur ai jamais envié… bientôt en France?  Je me permets de commenter ici ce texte de loi sur le prêt étudiant.

Vous pouvez lire la proposition de loi relative à la création du prêt étudiant garanti
par
l’État et à remboursement différé et conditionnel.

La présente proposition de loi a pour objet la création d’un

prêt étudiant garanti par l’État et dont le remboursement est

différé et conditionnel. Ces prêts seraient accordés aux étudiants

et remboursés par eux, en fonction de leur rémunération future,

une fois entrés dans la vie professionnelle.


=> Un prêt étudiant, remboursable après les études une fois inséré dans la vie active , c’est très bien. Mais c’est inutile: ça existe déjà, et en mieux. En effet, le CROUS propose des « prêts d’honneurs », qui sont, eux, à taux zéro. En effet, ce prêt étudiant qui ne serait même pas gratuit, verrai son taux soumis aux fluctuations du marché. Cétélem, estime un taux moyen de 4,5% et les Banques populaires, de 3,8%.


Le système universitaire français est actuellement fondé sur

la gratuité de l’enseignement et le versement d’allocations de

bourse en faveur des étudiants issus de milieux modestes.


=> Oui, et c’est même une spécificité française que beaucoup nous envient.. Allez dire à un étudiant anglais ou américain que vos études sont gratuites en France, vous verrez, il sera très jaloux!

Je tiens à ce système, à cette université gratuite, au système de bourse qui permet plus d’autonomie et ôte la pression financière, du moins en grande partie. Et je crois que nous y sommes tous très attaché!


Force est toutefois de constater que ce sont les enfants issus de milieux

favorisés qui profitent du système public d’enseignement

supérieur financé par la collectivité.


=> Ah bon!?

Je suis très très surprise , je dirai même choquée, d’une telle affirmation. Affirmation? Accusation!

J’aimerai vraiment savoir d’où Pecresse tient ces informations, parce que j’ai beau chercher, je ne trouve pas.

Comme avec les sans emplois, ces chômeurs qui se complaisent dans l’inertie et profitent du système (allocation chômage ) , c’est au tour des étudiants d’être accusés et stigmatisés: les étudiants profitent du système, les étudiants coûtent chers à l’Etat alors qu’ils n’ont pas besoin de cet argent puisqu’ils sont de toute façon « favorisés ».

C’est toujours le même argument coup de poing que ressort le gouvernement à chaque fois qu’il souhaite diminuer les aides sociales et les acquis sociaux: au nom de quelques « profiteurs » qui existent certainement, on condamne l’ensemble d’une population qui pour la majorité a un besoin réel d’aide financière. Si l’on ne veut plus de ces profiteurs, il suffit de durcir les contrôles, mieux vérifier les ressources des demandeurs, mais au lieu de ça, on sait où veut en venir le gouvernement: supprimer le système des bourses trop couteux. Ce qui semble incohérent quand on poursuit la lecture du projet de loi:

La situation est aujourd’hui devenue préoccupante en France : notre pays dépense deux fois

moins en aides pour les étudiants que l’Allemagne et la Belgique

et huit fois moins que le Danemark ou la Norvège. Par ailleurs, la

dépense par étudiant est passée de 5 414 euros en 2001 à

5 268 euros en 2005, ce qui prouve la nécessité de prévoir des

formes complémentaires de financement de l’enseignement

supérieur.


La présente proposition de loi s’inspire d’un dispositif

existant en Australie depuis 1988, en Nouvelle-Zélande depuis

1992 et au Royaume-Uni depuis 2004. Dans ces trois pays, des

prêts à remboursement différé et conditionnel sont accordés aux

étudiants pour financer leurs études. Les étudiants bénéficiaires

ne remboursent ces prêts que lorsqu’ils commencent à travailler,

une fois leur diplôme obtenu, et si la rémunération atteint un

certain niveau.


=> Ah oui, c’est vrai qu’on aime bien s’inspirer de ce qui se fait ailleurs. Malheureusement, on prend ce qu’il y’a de pire au lieu de ce qu’il y a de meilleurs chez nos voisins. Ce sont eux plutôt, les anglos-saxons, qui devraient s’inspirer de nous! En effet, en Australie et eu royaume Uni pour reprendre les mêmes exemples, ce système de prêt a remplacé petit à petit le système de bourses classiques, et à l’heure actuelle, 80% des étudiants anglais ont contracté ce prêt se retrouvant souvent très endettés à la fin de leurs études, alors qu’ils entrent à peine dans la vie active. Et bien sûr, mais ça tout le monde le sait, les frais d’inscriptions y sont très élevés: 4500 euros par ans pour les trois premières années d’études. Qelle heureuse perspective: désormais, faire des etudes sera synonyme d’endettement, ajoutant une pression supplémentaire à ces pauvres jeunes déjà si mal traités dans l’hexagone (précarité, chômage, CDD, stages, stigmatisation de la catégorie « jeunes »…)

Enfin, franchement, en ce qui me concerne, je n’ai jamais envié leur système aux anglos-saxons… et je n’ai jamais eu envie d’avoir le même « à la maison »!

Il s’agit, d’une part, de faciliter l’accès des jeunes à

l’enseignement supérieur par l’octroi de prêts garantis par l’État

et, d’autre part, d’accompagner ce financement privé d’une

obligation implicite d’efficacité de l’enseignement supérieur,

4 –

puisque la garantie d’État n’aura pas à jouer si l’étudiant accède à

un emploi bien rémunéré.



=> «  faciliter l’accès des jeunes à l’enseignement supérieur » par l’endettement? Qu’on me pince, je veux me réveiller! L’accès à l’enseignement supérieur est DEJA facilité en France : pas de séléction à l’entrée, le BA C étant le « passeport », très faibles coûts d’inscriptions remboursés pour ceux qui dispisent de peu de moyens, et les bourses. Si besoin, on peut contracter un prêt à taux zéro auprès du CROUS. Alors oui, si ce nouveau prêt étudiant venait simplement s’ajouter aux aides déjà existantes, pourquoi pas, le prêt du CROUS étant limité à seulement 2282 euros tandis que ce nouveau prêt étudiant peut monter jusqu’à 15000 euros. Ce serait un complément intéressant, le problème, c’est que nous sommes tous conscients qu’il ne s’agit pas de faire coexister les bourses , le prêt d’honneur , et le nouveau prêt étudiant. Non, à terme, il ne restera PLUS QUE le prêt étudiant, somme toute un simple prêt bancaire classique, à ceci près qu’il est garanti par l’Etat.


Mais dans le fond, le véritable but du gouvernement avec toutes ces réformes, c’est de dépoussiérer nos universités afin de les rendre plus en phase avec le monde d’aujourd’hui et plus compétitives à l’échelle mondiale. On le comprend, on aimerai bien que nos universités soient mieux classées, c’est vrai. Je me souviens d’un rapport de 2004 que j’ai lu il y’a quelques années en arrière alors que je me demandais pourquoi nos universités étaient si mal classées à l’échelle internationale: on y apprend que les universités les mieux classés (américaines, anglaises, japonaise notemment) font en sorte de ne prendre que les meilleurs élèves et enseignants/chercheurs grace à un système de selection à l’entrée , les enseignants/chercheurs y sont très bien rémunérés, et ces établissement disposent de moyens financiers importants. On sait que ces universités sont aussi très chères, les frais d’inscription y sont très élevés, et se sont des universités « autonomes » concept cher à N. Sarkozy, financées en grande partie par le privé, mais ce qui permet à l’Etat d’investir davantage dans la recherche. Or en France, se sont les grandes écoles qui attirent les meilleurs , les universités devant prendre tous les autres et « les universités sont toutes traitées à peu près de la même façon. Donc elles tendent toutes à être moyennes et ne peuvent que rarement se hisser au niveau des excellentes. » Et l’auteur conclu à la fin : « Les français rêvent de l’excellence pour tous. Ils prennent ainsi le risque durable de ne l’avoir pour personne ». Voir cet article ici .


Mais pour moi, c’est une question de choix. Soit on rêve à une élite universitaire et une bonne position dans le classement de Shangaï, ce qui implique les inconvénients que l’on connaît, soit on rêve à une université libre et gratuite , accessible à tous, ce qui implique d’autres inconvéniants auxquels nous nous sommes jusqu’à présent accomodés, comme le fait d’etre “mal” classé au niveau international. Qu’est ce qui est le plus important à nos yeux? Nos yeux à nous, en tant que Français? C’est une question de choix, et ce choix réside dans les valeurs que nous voulons porter.


Je ne suis pas contre une spécificité française dans ce domaine, quitte à être mal classé , parce que ce système est une garantie d’accès au savoir pour tous, quelque soit son milieu d’origine et ses ressources, parce que de bonnes choses ressortent aussi de nos universités, parce que je ne considère pas mes professeurs comme moins bons qu’ailleurs, parce que j’ai le sentiment d’apprendre beaucoup à leur contact.  Contrairement à Sarkozy et Pecresse qui ne jurent que par le classement de Shangaï, l’image de l’université française à l’international and cie , je ne perçois pas l’intérêt d’un d’un tel classment quand le système universitaire de chaque pays n’est pas toujours le même, étant lié à des histoires des cultures, des valeurs propres à chaque nation. Sur quels critères se base ce classement de Shangaï? Il est bon de se poser la question: ” (…) Suivi de près par l’attaque de fond de cours sur le peu de crédibilité de tels palmarès dont les critères de classement seraient plus que discutables : nombre de prix Nobel sortis d’un établissement, prédominance des domaines scientifiques (physique, chimie, médecine, économie…), articles de chercheurs publiés dans les revues américaines Science et Nature…” Voir l’article ici .

A nous donc, de faire la part des choses, et de faire le bon choix.  Un vrai dialogue entre gouvernement et universitaires, dans le but de réformer ensemble ce qui doit l’être à l’université, ne serait pas un luxe à mon sens!

Affaire à suivre… le mouvement de contestation continue.


2 réponses à “Encore et toujours: réforme universitaire, prêt étudiant et classement de Shangaï”

  1. leoguirlet a dit

    Notre système est non seulement gratuit et accessible à tous, ce qui n’est le cas pratiquement nul part ailleurs, mais il peut en plus être noté d’une façon excellente, lui aussi.
    Tout dépend des critères, qui sont arbitraires et aveugles, et qui rendent idiote une quelconque politique fondée sur ce stupide classement de Shangaï.

    Au hasard, combien de prix Nobel pour la France en 2008 ? Sur six, elle en obtient deux (c’est ici : http://www.lexpress.fr/diaporama/diapo-photo/actualite/les-prix-nobel-2008-en-images_586763.html ).
    Pas mal, pour un pays qui ne forme que des incompétents. D’ailleurs, c’est bien connu, les Français sont mal éduqués.

    Tout cela est d’une absurdité sans nom, et j’applaudis à la lecture de cet article.

  2. audreypouvrasseau a dit

    Merci Léo :) deux pris Nobel sur six! Pas si mal , comme tu dis.. Tu as regardé le film? Témoignages intéressants, et j’aime bien la conclusion de la femme à la fin “We are just gonna get stupider until there is a change”.. C’est vrai qu’on connait le niveau de culture en général aux USA… c’est un peu extrème dans le film, on voit par exemple une personne qui avait emprunté 30 000 dollars et qui se retrouve avec les intérêts à devoir rembourser 60 000 …

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